Albert Tremblay
En cette journée, il rencontrait un nouveau client. Un client qui paraissait excessivement enthousiaste à l’idée de le côtoyer. C’était avec cette pensée en tête que Jérôme Leclerc quitta sa maison douillette pour faire face à un mardi pluvieux.
La vie de kinésiologue était difficile ces temps-ci, les clients se faisaient rares. Ce patient, un dénommé Albert Tremblay, paraissait bien différent des autres. Un seul coup de téléphone avait suffi pour déceler cette particularité.
Arrivé au centre de conditionnement physique, il repéra tout de suite Albert. Chétif et déstabilisé dans un tel endroit, il attendait patiemment la venue de son kinésiologue. Le centre était plein à craquer, des colosses de trois cents livres se promenaient en se donnant des tapes sur les fesses entre eux, ce qui les faisait paraître encore plus redoutables. Jérôme retira son survêtement avant d’aller rencontrer Albert. Celui-ci fut bien heureux de voir l’homme qui, avait-il déduit, était son kinésiologue.
Sept jours plus tard, il rencontra de nouveau Albert. Celui-ci avait fait des progrès remarquables. Le kinésiologue ne put que lui donner des commentaires positifs, tant et si bien qu’il planifia un prochain rendez-vous seulement un mois plus tard.
Un mois passa, c’est avec surprise qu’il entama ce rendez-vous. Albert disposait d’à peu près dix livres additionnelles de muscle. Jérôme, perplexe, savait que quelque chose était inhabituelle. Il débuta par le complimenter sur ses immenses progrès, puis posa quelques questions pour connaître les habitudes de son client. C’est avec audace qu’Albert lui divulgua qu’il prenait, depuis le début de son entraînement, des stéroïdes.
Suite à cette déclaration, le kinésiologue refusa de poursuivre l’entraînement. Selon lui, l’utilisation de produits dopants était un acte de lâcheté et de paresse extrême, en plus de causer des effets secondaires indésirables. Albert se fâcha, mais il revint au calme rapidement, prétendant qu’il n’avait pas besoin d’aide pour continuer à progresser.
Hier soir, deux mois après cet événement, un homme a appelé s’excusant de son comportement. Il avait dû se faire amputer la jambe droite au complet suite à une tumeur incurable, qui avait été reconnue comme étant un effet secondaire à l’usage de stéroïdes anabolisants. C’était Albert.
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